Entretien excusif avec Louis Paul DESANGES, scénariste de VERTIGES et MUTANTS

Entretien excusif avec Louis Paul DESANGES, scénariste de VERTIGES et MUTANTS

C'est lorsqu'il s'est intéressé aux différents retours concernant VERTIGE, que nous avons découvert la véritable identité de Louis Paul DESANGES, client quotidien de JM VIDEO et scénariste de son métier.  La JM TEAM étant composé aux 3/5eme de véritables afficionado de cinéma d'horreur, un entretien s'imposait donc histoire de faire un petit point sur la situation du film de genre en France... (Par David Hourrègue)


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Vertige


Tout d’abord pour commencer quel est ton parcours ?


Un peu chaotique. J’ai fait une école de commerce avant de travailler pour une boite de prod spécialisée dans les génériques. Je suis devenu gérant d’une salle de cinéma tout en intégrant l’atelier scénario de la FEMIS en 2006 avec à l’époque un projet de polar. Ce qu’il faut savoir concernant cet atelier, c’est qu’il s’adresse avant tout à des réalisateurs souhaitant apprendre à écrire. Vu que je n’avais aucun désir de mettre en images mes scénarii, je voulais juste comprendre comment les mettre en mots, j’étais un peu perdu. C’est pourtant là que j’ai fais la connaissance de Johanne (Bernard, sa coscénariste ndlr) qui était un peu dans le même cas que moi. C’est à cette époque que grâce à Isabelle Fauvel, nous avons rencontré une production qui recherchait des pitch de films d’horreur avec des ados comme protagonistes. Après une première proposition parlant d’ados confrontés à des forces mystiques en pleine campagne, c’est la seconde partie de cette histoire, celle se déroulant en montagne avec un tueur aux trousses des teenagers, qui fut retenue. Je débarquais un peu dans le genre, moi, l’amateur de polar.


Tu n’étais pas un aficionado du cinéma d’horreur, abonné de longue date à MAD MOVIES ?


Absolument pas. Mais le phénomène MAD MOVIES pose une question intéressante. Je crois qu’on a estime à 150 000 le nombre de fans absolus du genre, lecteurs assidus de MAD. La simple question que l’on se pose lorsqu’on démarre ce type de projets, c’est à qui s’adressera notre film ? Aux amateurs déjà conquis ou pour le plus grand nombre ? La démarche de la production comme celle de l’auteur penche évidemment pour la seconde option.


Deux des films sur lesquels tu as collaboré viennent de sortir chez JM VIDEO, VERTIGE de Abel Ferry et MUTANTS de David MORLEY, certainement deux des meilleurs efforts français dans le genre depuis MARTYRS de Pascal Laugier. Avant de revenir sur ces films, quel est ton sentiment par rapport à la production de genre hexagonale ?


Compliqué mais en progrès. Compliqué car on continue de monter ces films pour des budgets qui excèdent rarement 2 millions d’euros. En progrès, car à force de travailler dans des conditions très difficiles, les équipes sur ces films (on retrouve souvent les mêmes têtes dans le genre) gagnent en maturité, en expérience et arrivent à tirer le meilleur de leur sujet malgré le manque de moyens.


Qualitativement, on reste tout de même bien loin de pays comme le Japon ou les Etats-Unis… Et je ne parle même pas de l’Espagne…


Certes mais nous sommes dans une situation de rattrapage culturel. Le cinéma français de genre, en tant qu’industrie, reste très jeune. Il faut remonter à Franju pour trouver un véritable passé du cinéma de genre Français, qui se limite souvent à des incursions.



Vertige


Concentrons nous sur VERTIGE, sa première partie, façon film catastrophe, est très réussie. Les personnages sont vite et bien esquissés, et la nature de leurs rapports rejaillit très justement sur leurs actions une fois le danger survenu. Vous vous êtes rendus sur les lieux du futur tournage pour accorder à ce point la montée en tension avec les reliefs escarpés ?


Je vois où tu veux en venir, cette grosse différence entre la première et la seconde partie du film.


A la limite de la schizophrénie oui, avec la partie survival pur et dur nettement moins assumée que l’autre au niveau de la réalisation. On comprend l’idée, les intentions mais bizarrement ça a du mal à prendre, Anton, le tueur, perdant tout son mystère dès son apparition en pleine lumière, tant la caméra reste loin de lui. On en vient presque à regretter le danger de la montagne en elle-même, bien plus impressionnante à l’écran que ce fou dangereux qui devrait nous tétaniser et qui nous laisse quelque peu froid. Anton avait il d’autres secrets dans les pages du scénario où ce voile sur son passé était intentionnel ?


Ce qu’il faut comprendre concernant VERTIGE, c’est que c’était une production hollywoodienne au sens tricéphale et organisationnelle du terme. Ce que tu vois à l’écran résulte d’un consensus Production, auteurs, réalisateur. Notre idée de départ était simple, les jeunes échappent au danger de la montagne et deviennent la proie d’un tueur aussi implacable que mystérieux. Le réalisateur choisi au bout d’un véritable casting de réal, Abel Ferry, féru de montagne ce qui se voit d’ailleurs dans cette première partie, tenait lui absolument à ce qu’on en apprenne davantage sur le tueur. Gaumont, de son côté souhaitait que le trauma du personnage joué par Fanny Valette prenne une place plus centrale… Sombrero et nous n’étions pas forcément en phase avec ça.


Tout ça laisse un goût étrange d’inachevé.


Oui mais ça aurait pu être bien pire. A deux semaines du tournage, ces allers et retours sur le scénario couplés aux problèmes de budget, je nous pensais sérieusement parti pour accoucher d'une catastrophe cinématographique. Étrangement, ces conditions extrêmement difficiles ont fait que l'équipe a fait corps derrière le projet. Et à l'arrivée, je dois bien avouer que j'étais agréablement surpris par ce que j'ai découvert à l'écran.


 



Mutants


MUTANTS de David MORLEY parait plus homogène tout en étant plus classique dans sa structure et dans la digestion plutôt bonne de ses influences, quel fut ton apport au scénario ? Sur le générique tu es crédité à l’adaptation, terme plutôt vague…


Au contraire de VERTIGE et sa conception tricéphale, MUTANTS est avant toute chose l'œuvre de son auteur-réalisateur, David MORLEY. Avec David, nous avions bel et bien un pilote dans l'avion, remarquable meneur d'homme, conscient de ses possibilités en fonction de son budget. Concernant le scénario, nous sommes intervenus avec Johanne pour justement rendre l'ensemble d'autant plus homogène, retravaillant certains personnages dont les mercenaires qui interviennent à la moitié du film.


Quels sont tes projets à venir ?


Retour à mes polars avec 3 scénarii en préparation ainsi qu'un film animalier qui se déroule en Amazonie.


 Tu es un sérial loueur chez JM VIDEO,  les vidéo clubs ont-ils joué un rôle capital dans ta cinéphilie ?


Absolument pas, puisque je n'ai toujours eu que des vidéo clubs de seconde zone autour de moi. Un récent déménagement m'a fait découvrir JM et je dois dire que c'est un bonheur de pouvoir organiser de véritables sessions de rattrapage de films qui manquaient à ma culture !


 



Publié le 22 janvier 2010 Facebook Twitter

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