 | "L'ELITE DE BROOKLYN" de Antoine Fuqua (2010) : Old School PolarSi un jour vous m’aviez dit que je me prendrais une bonne petit claque face à un film de Antoine Fuqua, je vous aurais répondu que certains psy sont remboursés par la sécu et qu’il serait peut être temps de passer chez l’ophtalmo. Mais voilà, souvent la qualité se cache là ou on ne l’attend pas. Chez Fuqua elle s’est souvent retrouvée caché derrière une efficacité un peu balourde et un sens du trait très grossier (cf Les Larmes du soleil, Training Day, Le Roi Arthur, Shooter). N’empêche que ses films présentaient toujours de très bons moments et étaient souvent diablement efficaces dans les scènes d’actions, de là à penser que notre homme serait capable de pondre un polar sombre et sobre comme " l’élite de Brooklyn ", il y avait un grand pas et pourtant. Dans un mode mineur "l’élite de Brooklyn" renvoie au cinéma des Lumet, Fleischer, Friedkin de la grande période 70’s, en plus contemporain le film de Fuqua ressemblerait à du James Gray testostéroné qui aurait rencontré le casting de The Wire.
Comme toutes les références citées, "l’élite de Brooklyn" parle du quotidien de flics en quête de rédemption, d’un second souffle ou d’une porte de sortie. En proie à leurs propres démons, Eddie, Sal et Tango, trois flics, officient dans le 65e district, l'un des plus dangereux du nord de Brooklyn. Dans une semaine, Eddie (Richard Gere qui fait là un impressionnant come back), la cinquantaine, sera à la retraite. Déprimé, désabusé voir suicidaire (cf l’impressionnant réveil du début du film), il tente de retrouver du réconfort dans l'alcool et auprès d'une jeune prostituée, Chantel. Sal (Ethan Hawke, qui cabotine avec fièvre) travaille à la brigade des stups. Sa femme enceinte (de jumeaux qui feront passer la famille de 5 à 7 ) a des problèmes de santé et leur maison est trop petite et insalubre. Pour essayer de sauver la situation, il traverse la ligne de la légalité (dès la sublime, première séquence il devient un meurtrier) pour chercher l’argent qui lui permettrait d’acheter une maison plus grande et confortable. Tango (Don Cheadle, impeccable comme d’hab) voudrait désespérément revenir en arrière. Depuis plusieurs années, il travaille sous couverture et se fait passer pour un trafiquant de drogue, ce qui lui a valu une année de prison, et sa femme a demandé le divorce. Paradoxalement il essaye d’éviter à Caz, le parrain du coin fraichement sorti de prison (Wesley Snipes, qui se rappelle à notre bon souvenir quel bon acteur il peut être), de replonger.
Les destins de ces trois flics vont se croiser pour le meilleur mais surtout pour le pire. Antoine Fuqua pour une fois ne répond pas aux sirènes des grosses machines Hollywoodiennes et reste fidèle a son film et a ses personnages jusqu’au bout même si ça doit l’emmener vers une noirceur et une radicalité pas vu depuis longtemps dans ce genre de film (les seuls serait les chefs d’œuvres du petit écran que sont "The Wire" et "The Shield"). Contrairement à ses autres films Fuqua fait preuve d’une étonnante retenue dans la mise en scène, préfère se concentrer sur ses personnages plutôt que de faire le malin en essayant de pomper Tony Scott ("Training Day") ou Ridley Scott ("Les larmes du soleil").
Si on excepte un dernier plan un peu abusé, le reste du film est donc impeccable formellement et souvent très beau et brutal. "L’élite de Brooklyn" tout en étant le meilleur film de son auteur, fait parti de ces beaux polars de flics old school descendant direct de "The New centurion" de Richard Fleischer et des livres de Joseph Wambaugh que les américains nous livrent une fois de temps en temps. Depuis "Le Prix de la loyauté " de Gavin O'Connor, on n’avait pas vu aussi bon. Note : 5/6
Sébastien Auger (Errance du cinéphile) pour JM VIDEO
Publié le 05 septembre 2010
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