Un baiser s il vous plait
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Date de sortie : 19 juin 2008
Support : DVD
Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Emmanuel Mouret
Acteur(s) : Virginie Ledoyen, Emmanuel Mouret, Julie Gayet, Michaël Cohen
Synopsis : En déplacement pour un soir à Nantes, Émilie rencontre Gabriel. Séduits l’un par l’autre, mais ayant déjà chacun une vie, ils savent qu’ils ne se reverront sans doute jamais. Il aimerait l’embrasser. Elle aussi, mais une histoire l’en empêche : celle d’une femme mariée et de son meilleur ami surpris par les effets d’un baiser.
Un baiser qui aurait dû être sans conséquences...
Critiques : Interview Emmanuel Mouret
Moins d’un an s’est écoulé depuis , le projet s’est donc monté rapidement. Êtes-vous un cinéaste qui travaillez vite ou cela a-t-il été exceptionnel ?
J’ai surtout eu la chance de trouver les comédiens que j’espérais rapidement, et le financement aussi. Je suis d’une nature plutôt impatiente et j’aime en effet travailler vite. Cela m’aide en particulier à discerner ce qui me paraît essentiel.
L’industrie du cinéma est beaucoup plus précaire que la composition musicale ou que l’écriture. Un film est beaucoup plus dépendant du succès...
Oui. Si Un Baiser, S'Il Vous Plaît ! a pu se faire rapidement, c’est aussi parce que nous avons bénéficié du succès de Changement D'Adresse. Entre Venus Et Fleur et Changement D'Adresse, plus de deux ans se sont écoulés et, le producteur et moi, nous nous étions résolus à ne plus attendre de réunir les moyens que nous souhaitions pour le faire.
Vous préfériez faire un film sans moyens mais dans l’urgence ?
En gros, je préfère faire un film, même avec très peu de moyens, que de ne pas en faire.
Cela vous plairait d’enchaîner les films ?
Oh oui ! Vraiment ! C’est toujours ce que j’ai espéré. C’est pour ça qu’avec Frédéric Niedermayer, nous avons toujours essayé de trouver une certaine forme de cohérence économique. Si on faisait un film pas cher il fallait montrer, entre guillemets, que nous pouvions le rentabiliser même s’il ne faisait pas énormément d’entrées. Je pense qu’il faut toujours s’adapter à ce que l’on a et ce que l’on nous propose.
D’où vous est venue l’idée de ? Etait-ce un de vos anciens projets datant d’il y a dix ans ?
Non, l’idée m’est venue il y a environ deux ans et l’écriture s’est déroulée assez rapidement. Ma passion au cinéma, et je ne pense pas être le seul, ce sont les histoires où les désirs jouent avec les sentiments.
À la base, j’avais un certain nombre de situations à la fois cocasses et romanesques, mais surtout l’envie d’un film où il y ait un maximum de scènes de désirs.
C’est un peu trivial, mais c’est comme ça. L’idée de départ ici c’est un film sur les conséquences de baisers à priori sans conséquences. Ou, autrement dit, existe-t-il des baisers sans conséquences ?
J’avais en tête l’histoire d’un garçon qui va voir sa meilleure amie. Il est en manque de faire l’amour et lui demande si elle peut l’aider. Bien qu’elle soit mariée et amoureuse de son mari, elle accepte. Il y a quelque chose qui m’intéresse particulièrement dans les histoires de désir. Souvent nous avons deux personnes qui se désirent et quelque part une troisième personne qui se retrouve à l’écart.
Le propos du film était donc une sorte de réflexion utopique sur ‘comment vivre son désir tout en préservant celui qui en pâtirait’. D’où l’idée des stratégies mises en place par les personnages pour ne pas faire souffrir un tiers. Ce qui m’intéresse dans cette situation c’est le dilemme qu’elle implique : comment être quelqu’un de bien, de civilisé, qui veut s’autoriser à vivre ses désirs, une des choses les plus réjouissantes de la vie et qui en même temps ne veut pas faire du mal, ni à lui, ni à autrui. C’est au fond un sujet de moraliste.
Quelque part l’histoire de Nicolas et de Judith aurait pu suffire à structurer le film. Mais vous avez eu cette idée de récit dans le récit, d’effet miroir. Pour quelle raison ?
L’idée, qu’une femme s’empêche d’embrasser un homme qu’elle désire à cause d’une histoire qu’on lui a racontée et qu’à son tour elle la raconte à cet homme, me plaisait beaucoup pour plusieurs raisons.
D’abord parce que je crois que les histoires que l’on a entendues, ou lues, ou vues au cinéma ont beaucoup d’effets. Elles participent pour beaucoup à nos jugements moraux et donc influencent nos comportements. Je trouvais ça très ludique de filmer l’influence d’une histoire sur un personnage. Mais également, ce qui m’intéressait beaucoup c’était d’observer combien le récit d’une histoire fait à une autre personne peut aussi en modifier les effets initiaux. Et puis ces histoires que l’on ouvre et referme au cours du récit comme des tiroirs m’amusaient beaucoup et permettaient de rythmer le récit tout en donnant un air de liberté.
On a l’impression que jusque là c’était plutôt le scénario qui travaillait cette dimension, alors que cette fois-ci, de manière peut-être plus prononcée encore que sur vos films précédents, l’image, la composition du cadre ou le choix des couleurs et de leur correspondance donnent d’autres indices, prolongent cette idée de jeu...
Avec Laurent Desmet, le directeur de la photo, nous prêtons d’abord une grande attention au rythme du récit avant de parler de choix visuels. Nous discutons beaucoup en termes de variété, de contraste ou de répétition, cela aurait presque un aspect “musical”.
Nous travaillons beaucoup sur les rapports personnages / fonds et à la relation des décors entre eux. C’est à partir de là que se construisent, je pense, des jeux de correspondances. Mais derrière ces correspondances il n’y a aucune signification cachée, elles cherchent principalement à créer des résonances, à promener la pensée et les yeux, le plaisir et la complicité.
Il y a quelque chose de constant dans votre cinéma, c’est l’idée d’accord parfait.
Vos personnages sont toujours liés par des détails, parfois très discrets comme un métier, un objet, des couleurs vestimentaires...
Je crois que le cinéma sert à nous donner une idée du monde, une idée de l’homme. Mais le monde et l’homme sont des choses tellement complexes et infinies pour notre cerveau humain qu’il faut simplifier. Simplifier selon moi, c’est créer des formes reconnaissables. Après, la grande difficulté c’est de simplifier tout en rendant compte de la complexité...
Est-ce que si on dit de vous que vous êtes un cinéaste littéraire, c’est une formule réductrice, qui vous choque, qui est un contre sens ?
Littéraire ?
Je dirais plutôt de la parole. Je pense que c’est la parole qui en grande partie rythme un film. Dans la parole, il y a les voix, il y a le rythme des choses qui sont dites, et donc par conséquent celui du film.
D’où aussi mon amour pour les comédies classiques italiennes et américaines où l’on parle beaucoup. On ne se souvient pas toujours des dialogues, mais juste de ce plaisir d’avoir été emporté dans la parole.
L’autre aspect de la parole, c’est que, pour moi, c’est elle qui déploie le désir.
La suite sur comme au cinéma.com
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