La captive du desert

La captive du desert

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Date de sortie : 3 juin 2008

Support : DVD

Genre : Documentaires

Réalisateur : Raymond Depardon

Acteur(s) : Sandrine Bonnaire

Synopsis : Prise en otage par des nomades rebelles une jeune coopérante française devra passer des mois et des mois à apprendre à vivre dans le désert, sans jamais savoir quel sort lui a été réservé. Elle en perd la notion du temps et de l'espace. Seul un grand sac avec un carnet d'adresses, quelques photos, de vieux magazines lui servent de repères.

Critiques : L’absence de communication et la douleur, tue ou refrénée, sont deux thèmes qui parcourent l’essentiel de l’oeuvre de Raymond Depardon. Avec « La Captive du désert », une proposition de fiction, il revient également à cette idée d’inhospitalité silencieuse et de violence mutique, à laquelle le désert se prête tout à fait quand il est associé à la situation géopolitique africaine (ici le Tchad, dans les années 1970). Depardon conserve ses réflexes photographiques et, grâce au choix du plan fixe, chacun des dromadaires rentre et sort du champ de la caméra, pour rappeler sans ironie les beautés chromatiques de « Laurence d’Arabie » de David Lean. Très réussis, ces effets de cadre ne fonctionnent pas comme des contrepoints esthétiques au drame politique qui se joue dans le film.


Théâtre d’une séquestration à ciel ouvert, le désert conserve naturellement son attrait, et Depardon s’attache aux détails qui le caractérisent, comme à ceux qui distinguent les personnes qui le parcourent. Du bruit des pas dans le sable aux grommellement des animaux, il dissèque le cycle des journées et les rites organisationnels du voyage. La chaleur limite bien sûr le mouvement et préconise la mesure. Elle impose une posture stoïque, patiente et résolue, qui explique le rythme et l’économie du film. Seul le besoin et l’usage de l’eau préconisent la nécessité du dialogue. Celui-ci personnifie la relation toujours équivoque du prisonnier et son geôlier, un jeu de séduction presque tangible entre un rebelle calme et sûr de lui, presque viril, et une Sandrine Bonnaire au visage encore un peu enfantin (elle avait 23 ans), jouant d’une âpreté qui l’a toujours distinguée des autres comédiennes de sa génération. Aller vers le désert, c’est aller à l’essentiel et, plutôt qu’une ambition à distendre la durée, Depardon conduit son film vers une sécheresse associée à la logique de l’épreuve et de la résignation à l’endurance. « La Captive du désert » est tout le contraire d’un film qui dilue le temps pour obéir au réflexe contemplatif, c’est une œuvre tendue qui ressemble à son auteur.

* Les Bonus : S’il s’est toujours déclaré étranger à la logique de la fiction au cinéma, Raymond Depardon, au cours d’un entretien vidéo avec Alain Bergala, montre qu’il est rompu à l’idée de la progression du récit. Il observe le désert en substituant donc la divulgation progressive de ses motifs à la découverte de cet environnement par le personnage incarnée par Sandrine Bonnaire et inspirée de la coopérante Françoise Claustre, enlevée au Tchad dans les années 1970. Si le film n’a pas vocation à la pédagogie, Depardon connaît bien les nomades Toubous et procède en Afrique comme il filme les paysans français : il y a d’abord l’approche, puis le quotidien. Il reconnaît aussi que l’idée du retour, du ressassement et de la persévérance est également importante, d’où ces films successifs sur l’Afrique. Le premier d’entre eux est justement « Les Révolutionnaires du Tchad » (1976), celui qui l’a révélé (son premier film, consacré à la campagne présidentielle de Giscard, est resté bloqué de nombreuses années). Présent en bonus, « Les Révolutionnaires du Tchad » contient une intervention de Françoise Claustre filmée par Depardon, un scoop à l’époque. Comme il devait quelque chose au monde paysan qu’il avait quitté, Depardon avait peut-être le sentiment de devoir « La Captive du désert » à cette femme prisonnière plusieurs années lors d’un conflit aujourd’hui oublié.


Julien Welter


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